Acad?mie de Versailles
FDAC91

MATERIALITE

FICHE VOCABULAIRE 

MATERIALITE

La matérialité de l’œuvre concerne l’ensemble des éléments qui président à son élaboration : le support (toile, papier, bois….), le médium (matière picturale, argile, pastel, graphite…), les traces du geste de l’artiste (touches, empreintes, griffures, raclages….) en fonction de l’outil dont il a disposé. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, on peut dire que l’œuvre masque ses moyens d’élaboration car les normes académiques encouragent le « fini » de la surface peinte, ou du volume sculpté, « fini » qui soumet l’œuvre avant tout à la priorité de son sujet et non pas à son procédé… La modernité va amoindrir l’importance du sujet pour exploiter au contraire les constituants matériels irréductibles de l’œuvre.

PLAN… Chef de file des Nabis, Maurice Denis écrit en 1890 :« Se rappeler qu’un tableau - avant d’être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote- est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. » Henri Matisse, dès 1911 inscrit ses éléments picturaux sur un même plan. « Un tableau doit offrir la résistance d’une surface, sans quoi il est insupportable ». Le cubisme affirme également le plan de la toile, avec l’étude des volumes par rabattement des plans, ou lorsque la présence d’éléments collés met en évidence le support plat qui précisément a permis l’opération de collage. Immédiatement après la seconde guerre mondiale, les peintres abstraits américains travaillent également à l’affirmation de la surface de l’œuvre. Le critique Clément Greenberg écrit à leur propos : « A l’épreuve de ce processus, il est apparu qu’il était possible de se passer d’un nombre croissant de conventions de la peinture qui ne (...) sont pas essentielles. Il a été établi à présent que l’irréductibilité de l’art pictural ne consiste qu’en deux normes qui lui sont propres : la planéité et la délimitation de la planéité. »

MATIERE. « Le geste essentiel du peintre est d’enduire. » affirme Jean Dubuffet. La matière picturale est chez lui de l’ordre de la « cuisine » : elle intègre cendres, terres, cire, sciure…. En France à la même époque, Nicolas de Staël va jouer avec la matière qui peut se triturer “dans le frais”. “J’ai choisi de m’occuper sérieusement de la matière en mouvement”. La matière en excès est une démarche de travail chez Jean Fautrier, Eugène Leroy ou Bram Bogart.

SUPPORT. Cézanne, Matisse, Picasso exploitent dans nombre de leurs peintures le non-fini de la surface peinte, instituant ainsi le support de toile comme élément pictural à part entière. En France, dans les années 70, le groupe Support-Surface énonce sa volonté d’interroger l’acte de peindre à partir de ses composantes les plus élémentaires… Claude Viallat recherche de nouveaux supports tels que bâches, parasols, housses de fauteuil.. « La toile souple imposait alors sa propre matérialité : elle se pliait, se froissait, restait souple et mobile... » Raymond Hains, nouveau réaliste, expose le support des réalités urbaines que constituent les affiches (tôles, palissades…)

GESTE. Dans les sculptures de Rodin, ou plus tard de Giacometti, les traces des doigts de l’artiste dans la matière de l’argile sont conservées par le moulage ultérieur, laissant apparaitre dans la sculpture même son processus de travail. En peinture, on peut citer parmi de nombreux exemples de gestes constitutifs de l’œuvre les toiles des artistes américains de l’action painting, les calligraphies de Georges Mathieu, les traces d’actions du groupe Gutaï, les graffitis de Basquiat…

Michèle Compain, Catherine Donnefort, Armelle Samzun, fiche vocabulaire pour le FDAC



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